Wanda Jackson
2 octobre 2004
Au sous-sol de l’église Immaculée-Conception (Montréal)
Cela vous est-il arrivé de recevoir une invitation à l’église comme cadeau d’anniversaire? C’est pourtant ce qui m’est arrivé cette année! Et, non, ce n’était pas une demande en mariage ni l’annonce d’un décès. En fait ma sœur m’a donné, pour mon 35e, un billet pour le Rockabilly Jam #19, avec en tête d’affiche la légendaire Wanda Jackson.
Wanda Jackson, c’est au moment de vous écrire ceci, une madame de soixante-quatre ans. Avant de verser dans le country puis le gospel, Madame a été une des premières à chanter le rock’n’roll, dans les années cinquante. Elle a eu son premier succès radiophonique alors qu’elle était encore ado et a même tourné avec Johnny Cash et Elvis! Méchantes fréquentations! Dans la seconde moitié des années cinquante, elle était une déesse du rock’n’roll et nous a donné quelques bijoux, dont Mean, mean, man.
Dès que ma sœur, Jean-Pat, Jérémy, Geneviève et moi sommes arrivés dans ce sous-sol d’église, j’ai su que la soirée serait spéciale: des mononcles et des matantes, des grand-mères et des grands-pères, quelques enfants même, étaient regroupés en immenses tablées. Bien assis, ils attendaient sagement le début du spectacle en observant les « jeunesses » arriver.
Heureusement, il y avait de la bière: on ne serait pas obligé de caler le vin de messe! Mais il n’y avait pas une petite nuée de serveuses dans la salle! Seulement trois ou quatre braves, derrière un seul comptoir. Ils débouchaient les bières pour les verser dans des verres de plastique. Ils ont dû se ruiner la peau des mains, les pauvres! Fallait se relayer pour prendre des commandes pour cinq ou six amis car l’attente, à un moment donné, était de plus d’une demi-heure. Me semble même que Pol, le chum de Catherine, avait calculé quarante-cinq minutes!
J’ai eu la chance de boire trois bières sans faire la file. Mais j’ai dû la faire à mon tour. Seulement, je l’ai fait au bon moment, sans l’avoir prémédité: en deuxième partie du spectacle, alors que The Lustre Kings nous faisaient du rock’n’roll honnête, très correct. Trop correct. Le claviériste et chanteur, avant qu’il monte sur scène, je l’ai croisé sur le plancher de danse. Avec son polo rouge et la ceinture bien haute, il m’est apparu particulièrement “mononcle”. Sauf que quand il s’est mit à s’éclater sur scène, il est devenu déjà pas mal plus cool, bien sûr. Mais la musique de son groupe de musiciens new-yorkais très respectables demeurait genre rythm’n’blues propre, très FM.
Tout le contraire de la première partie, assumée à la batterie, à la guitare et à la voix par Bloodshot Bill. Il est montréalais paraît-il. Lui, il était carrément psychobilly. Les cheveux bien huileux, Bill maniait les riffs sales tout en chantant d’une façon très expressive, genre caricature d’Elvis à la Lux Interior, des Cramps, mais en plus rugueux. Wow! Super! J’aurais acheté l’album si j’avais trouvé la bonne table où l’acheter! Ce n’est que partie remise.
Alors j’ai pu consolider les effets de la fumette en buvant pendant l’excellente première partie. Puis, faire mon devoir pour la collectivité, en faisant l’ostie de file pour la bière pendant le bout plus platte. Et, enfin, ressortir avec Jean-Pat et Pol fumer deux joints simultanément devant des superbes chars des années cinquante, énormes, pleins de courbes, de pointus et de chrome. Celui devant nous était même équipé d’un système hydraulique pour lui faire coller le sol.
Quand Wanda s’est pointée, elle m’a séduit pas mal tout de suite. Je ne la voyais que partiellement, car elle est menue. Heureusement, ses cheveux sont là pour indiquer qu’il y a un femme dessous! Une dame à la fois kitch et digne, très heureuse d’être là. Elle s’est fait “habiller” de sa guitare par un des musiciens. Les musiciens qui l’accompagnaient, c’était encore The Lustre Kings, le mononcle au polo rouge devenant décidemment encore plus cool.
Elle nous a parlé du fait qu’elle a “fréquenté” Elvis. C’est sûr que la dame n’aurait pas dit dans un sous-sol d’église, qu’Elvis la prenait par en arrière! En tout cas, pour elle, il s’est passé quelque chose avec Elvis. Sexuellement? Je ne sais pas. J’ose croire que oui, pour les deux… mais on s’en fout! C’est surtout qu’Elvis l’a encouragée à chanter le rock’n’roll. Elle en parla avec émotion, sans trop s’attarder.
Elle nous balança ses succès de l’époque. En les étirant un peu. Faut bien, avec des tounes originales d’une durée de deux minutes! Ce qui fit dire à certains qu’elle et ses potes avaient un peu abusé des fausses fins. Mais ils s’amusaient aussi!
En 1971, la Madame a rencontré Jésus, nous a-t-elle jasé cela un peu. Je ne sais pas ce qui s’est passé cette année-là dans le monde empirique, mais cela expliquerait pourquoi elle donne ses spectacles dans les sous-sols d’églises.
Encore séduisante, la madame? Pas mal fascinante, en tout cas.
Et de l’excellent rock’n’roll!
Me semble avoir entendu It’s Just That Song au cours de la soirée. Me rappelle pu par qui… C’est une excellente chanson que j’avais seulement entendu jouée par les Cramps.