



Article externe
Betty Bonifassi en a marre d’être radioactive
Celle qui fut la voix de DJ Champion, Beast et des pièces du film Les triplettes de Belleville, remonte avec plaisir sur scène jeudi au bar Le Maurice, à Québec, à l’occasion du Festival Québec Jazz en Juin.
«Je me suis fait violer sur la place publique avec un scandale qui ne m’appartient pas», lance d’ailleurs d’entrée de jeu la chanteuse française installée à Montréal depuis plusieurs années en entrevue avec Le Soleil.
L’affaire SLĀV
Bonifassi fait bien sûr référence au dossier très médiatisé du spectacle SLĀV qu’elle avait monté avec le dramaturge Robert Lepage en 2018.
Se voulant un hommage aux esclaves et à leurs chants, SLĀV a eu une vie très courte en raison d’accusations d’appropriation culturelle liées au fait que seulement deux femmes noires faisaient partie de la distribution.
La chanteuse ne s’est pas encore complètement relevée des retombées de cette controverse.
«Le rappeur Biz [de Loco Locass] m’a dit un jour que c’est difficile quand tu deviens “radioactif” au Québec. C’est exactement ce qui m’est arrivé», confie-t-elle avec émotion.
«Je me suis sentie comme quelqu’un qui est accusé d’agression sexuelle.»
La chanteuse admet avoir encore de la difficulté trouver du boulot ou des gens intéressés à ses projets depuis cet épisode survenu il y a sept ans.
«J’ai trouvé difficile de me faire abattre sur la place publique. Je trouve qu’on abat beaucoup les femmes. Mon show ne réunissait que des femmes et ce sont essentiellement des hommes qui l’ont démoli. Ma carrière est tombée au Québec et c’est très difficile de revenir sur les planches», poursuit-elle.
Remonter sur scène
En fait, c’est depuis 2022 que la chanteuse à la voix de contralto souhaite revenir sur scène. Les retombées du dossier SLĀV, mais aussi un cancer dont elle est en rémission depuis un an, lui ont mis de sérieux bâtons dans les roues.
«Comment dire, les festivals ne m’appellent plus et ne me répondent plus… J’ai deux albums de musique de prêts, mais personne ne veut les lancer.»
«Cependant, je veux mettre tout ça derrière moi, je sens qu’il y a encore de belles choses devant moi», enchaîne-t-elle.
C’est son ami et pianiste Martin Lizotte, qui l’accompagnera jeudi avec le contrebassiste Alexis Dumais, qui lui a déniché ce spectacle à Québec Jazz en Juin après son passage à l’émission Plaza Plaisir de Pierre-Yves Lord à Télé-Québec.
«Un spectacle que j’ai présenté seulement quatre fois depuis 2024. C’est Judy [Servay], fondatrice du restaurant Robin des Bois à Montréal, qui m’a convaincue de recommencer, entre deux chimio, alors que je m’étais cachée comme un oiseau qui meurt.»
Dans une performance organique, sans machine ni instrument électronique, Bonifassi raconte en français et en anglais son parcours musical, de sa naissance à Nice jusqu’à aujourd’hui à Montréal en passant par… l’Afrique.
En Afrique
Car oui, Betty Bonifassi a passé un an et demi à Dakar, au Sénégal, avant de revenir à Montréal en novembre 2023 quand elle a découvert qu’elle souffrait d’un cancer.
«On m’a proposé d’aller là-bas comme prof de musique, moi qui venais de me faire dire que je n’avais pas le droit de chanter certaines choses à cause de la couleur de ma peau. Alors, quand l’Afrique a appelé, j’ai couru!» raconte l’artiste de 53 ans.
Et ses élèves africains étaient au fait du dossier qui a secoué sa carrière au Québec. «Je leur ai parlé de ça et ils ont ri, ils ont trouvé la situation plutôt folle.»
«Et puis je leur ai fait chanter ces chants qui m’étaient interdits. Je ne l’ai pas enregistré, j’ai gardé ça pour moi, mais ils m’ont guéri.»
Bonifassi a aussi laissé un amoureux au Sénégal, elle qui doit se résoudre maintenant à vivre l’amour à distance sans posséder un grand budget pour voyager.
Gagner sa vie
«Je donne des cours de chant pour essayer de gagner ma vie, mais ça fait beaucoup de bien chaque fois que je remonte sur scène», avoue celle qui a hâte de partager de nouveau son art avec le public.
«Oui, il y aura quelques-uns des chants d’esclaves, des compos, des covers, qui racontent une histoire», explique-t-elle à propos de ce que le public pourra entendre sur scène.
Et non, elle ne peut pas passer à côté des Triplettes de Belleville. «C’est ce qui m’a fait connaître au Québec et c’était vraiment un truc de dingue d’aller représenter le Québec aux Oscars avec mon ex-mari [Benoît Charest]. Je suis encore très fière de ça!» termine-t-elle.