Malajube
Vincent Vallières
Les Dales Hawerchuck
23 juin 2008
Parc Le Pélican
Retardé par une représentante d’Équiterre voulant me vendre une carte de membre, je suis parti un peu trop tard de chez moi pour voir et entendre les deux têtes d’affiche anglophones au programme controversé de L’Autre Saint-Jean. J’aurais bien aimé revoir Bloodshot Bill, que j’avais découvert il y a 5 ans dans le sous-sol de l’Église Immaculée-Conception, en première partie de la légende Wanda Jackson. Bloodshot Bill fait dans un mes genres préférés, le rockabilly variante psychobilly, un peu comme le Reverend Horton Heat des débuts ou feu les Cramps.
J’étais aussi curieux de voir comment ça se passerait, si des perturbateurs ne viendraient pas brasser la cage. Ils sont venus, mais il étaient repartis depuis un certain temps quand je suis arrivé. Une amie a pu voir Bloodshot Bill d’assez près. « A-t-il été hué? » lui aie-je demandé. Non. « A-t-il chanté une toune en français? » Oui. Mais elle ne m’a pas parlé du fait fort intéressant que Bloodshot Bill n’aurait chanté ni anglais, ni en français, mais en onomatopées! En entrevue avant le show, il annonçait d’ailleurs qu’il chanterait dans des « langues encore inconnues ». Chanter avec des « hou », des « ha » et des « yeah », ça cadre très bien avec son style musical et scénique, mais c’est surtout une très bonne façon de répondre aux critiques. Bravo pour cette présence d’esprit!
Ceci dit, je suis de ceux qui n’acceptent pas de gaieté de coeur le fait que des anglophones viennent chanter en anglais à la Saint-Jean-Baptiste. Mais je suis de ceux que le programme attirait. Pour moi Malajube et Les Dales Hawerchuck me fournissaient déjà deux bonnes raisons d’assister à ce spectacle. Bloodshot Bill en était une de plus. Une très bonne programmation musicalement parlant, mais peut-être pas appropriée pour la Saint-Jean? Comme j’ai écrit à quelques endroits ces derniers jours, ce n’est pas la présence de ces artistes anglophones, ni leur retrait, qui m’ont fait le plus réagir, mais les commentaires assassins à propos de ceux qui s’interrogeaient, s’inquiétaient ou se disaient contre une présence anglophone à la Saint-Jean. Si ces critiques utilisant des expressions bien trop fortes n’étaient venues que de la Gazette et de La Presse, ça aurait été déjà irritant, mais explicable. Mais, j’ai lu des personnes dont je respecte autant les goûts et le jugement utiliser eux aussi des mots comme « fascistes ». À la veille de la Saint-jean, des supposés nationalistes n’hésitaient pas à proclamer leur honte de ces « dinosaures » qui osèrent se dire attachés au caractère français de la fête. Pour moi, la sempiternelle culpabilisation des nationalistes québécois, telle que pratiquée depuis toujours par des gens qui ne voient pas leur propre nationalisme, avait encore fait mouche, réussissant à nous diviser à la veille de la seule journée par année où on se bombe un peu le torse! Heille! Une journée par année où la radio, la télé et les spectacles se font en français, ce n’est pas du fascisme ça! Par contre tomber à bras raccourcis sur des gens qui s’inquiètent du fait français, les traiter de racistes à la première occasion…
Quoiqu’il en soit, je suis allé à L’Autre Saint-Jean et j’ai passé un bon moment, malgré que ce fut un peu weird par instants. D’abord je suis tombé sur une connaissance que je n’avais pas vue depuis quelques mois et dont la psychiatrie semble s’est chargée avec tous les canons de la pharmaceutique à sa disposition. Pauvre mec, lui auparavant si volubile, il peinait à parler! C’était pas si grave, puisque nous étions là pour écouter, mais lors des pauses entres les représentations des différents artistes, ça devenait un peu plus inconfortable. Puis, une fois le soleil couché, un groupe de gens se sont approchés de la scène et se sont plantés juste devant nous. Parmi eux, un nain. Je n’ai rien contre les nains, mais un nain habillé en noir dans une foule si dense après le coucher du soleil, c’est pas super sécuritaire pour lui! Dans le flot incessant de spectateurs changeant de place, les gens s’engouffrent dans ce qu’il croient être des espaces libres entre deux personnes. Or, cet espace était occupé par ce nain qui rasait de se faire entrer dedans à chaque fois. En bon samaritain, j’ai essayé de me placer plus près de lui, derrière, pour former un mur plus évident. Entre mon ami psychiatrisé et le nain, ça donnait quand même une atmosphère un peu spéciale.
Heureusement la musique fut excellente! Quand je suis arrivé, c’était Vincent Vallières qui jouait. Au début, il me semblait un de ces artistes interchangeables qu’on entend normalement à Rythme FM et qui sont invités pour les spectacles familiaux et politiquement corrects de la Saint-Jean. Mais vers la fin de sa présence, c’était devenu franchement plus rock. J’allais comprendre quelques instans plus tard quand Vallières nous présenta Olivier Langevin, que je n’avais pas reconnu de ma place assez lointaine. Olivier Langevin est, à mon humble avis, le meilleur guitariste rock du Québec. Et il s’en est donné à coeur joie en conclusion du segment de Vallières, tel qu’on peut le voir dans ce que j’ai filmé.
Puis ce fut au tour des Dales Hawerchuck, que j’apprécie depuis leur début et dont je m’étais procuré la plus récente galette, produite comme par hasard par… Olivier Langevin. Un rock bien gras et sale, chanté en bon québécois avec quelques authentiques « tabarnak ». En disque ça sonne comme une tonne de brique. En spectacle, encore mieux! Ça été mon coup de coeur de la soirée.
Malajube a suivi. J’adore Malajube sur disque, mais en spectacle c’est pas tout à fait la même chose. Du moins, ce soir-là, ce n’était pas la même chose. Dans Malajube, les harmonies vocales et la voix haut perchée du chanteur sont primordiales, mais le chanteur me semblait manquer de voix. Peut-être est-ce toujours ainsi en spectacle? En disque, le chanteur assume à lui seul quelques harmonies, mais c’est une autre affaire en direct! Malgré cela, leur prestation fut très bien. L’ambiance était excellente, redevenue un peu plus familiale et cool après le rock handbanger des Hales Hawerchuck.
Je suis parti un peu avant minuit, pour prendre un bus bondé. Au moins, cette année, pour la première fois en plusieurs années à Montréal, j’étais sorti de chez moi pour souligner la Saint-Jean. À cause de ces artistes anglophones qui ont attiré l’attention de tous? Peut-être…