Grille de chansons
- Alone
- Pictures of You
- A Fragile Thing
- Lovesong
- And Nothing Is Forever
- Burn
- Fascination Street
- A Night Like This
- A Thousand Hours
- Charlotte Sometimes
- Push
- Primary
- Shake Dog Shake
- From the Edge of the Deep Green Sea
- Endsong
- Rappel
- I Can Never Say Goodbye
- Want
- A Strange Day
- One Hundred Years
- A Forest
- Second rappel
- Lullaby
- The Walk
- Friday I’m in Love
- Close to Me
- Why Can’t I Be You?
- In Between Days
- Just Like Heaven
- Boys Don’t Cry
- 10:15 Saturday Night
- Killing an Arab (Performed as ‘Killing Another’)
Critiques externes
The Cure au Centre Bell Une leçon de charisme et de générosité
Par Alexandre Vigneault, La Presse
Deux concerts en deux soirs à Montréal, c’est du jamais vu pour The Cure. Le vénérable groupe britannique a offert vendredi au Centre Bell un de ces concerts marathons qui le distinguent et montré que, s’il n’est plus au faîte de sa créativité, il demeure au sommet de son charisme.
Le dernier album de nouvelles chansons de The Cure est loin derrière. Il est sorti il y a 15 ans déjà. En théorie, le groupe n’avait aucun nouveau morceau à défendre, seulement à faire une habile et convaincante gestion de patrimoine. Ce qui fut fait.
Sauf que The Cure ne fait pas les choses comme les autres. C’est d’ailleurs à peu près le seul groupe à avoir tenu tête au géant Ticketmaster afin que le prix des billets pour ses concerts demeure abordable. C’est aussi le genre de groupe qui peut lancer un spectacle avec un morceau inédit. Et en glisser quatre ou cinq autres dans le programme sans pour autant perdre sa salle.
The Cure prévoit, semble-t-il, un nouveau disque d’ici la fin de l’année. La rumeur l’annonçait aussi pour 2022, alors on verra… Ce qu’on peut dire, par contre, en se fiant à ce qu’on a entendu de neuf vendredi au Centre Bell, c’est qu’il risque d’être dans l’esprit de Disintegration. Certains des nouveaux morceaux reprennent en effet des idées et des sonorités entendues sur ce disque culte dont Robert Smith et sa bande tentaient déjà de recapturer la magie avec 4 : 13 (2008) et même Bloodflowers (2000).
Deux des nouvelles pièces ont reçu un accueil plus qu’enthousiaste : Nothing is Forever et une autre, peut-être intitulée The End Song, jouée en fin de première partie.
Première partie ? Oui, bien sûr. Quiconque a déjà vu The Cure en spectacle, en particulier depuis le début des années 2000, sait que le groupe britannique donne des concerts vraiment généreux. Il n’est pas rare qu’il joue plus de deux heures et demie et enfile une trentaine de chansons. Ce fut encore le cas vendredi.
Entré sur scène vers 20 h 45, le groupe a joué jusqu’à 23 h 30… Assez longtemps pour aligner la plupart de ses grands succès (dont Lovesong et Pictures of You en début de concert), mais aussi pour combler ceux qui connaissent The Cure bien au-delà des évidences. On a notamment eu droit à une version puissante de Burn (tirée de la bande originale du film The Crow), à des raretés comme Push ou Kyoto Song tirées de The Head on the Door, à Three Imaginary Boys, Shake Dog Shake, At Night et aussi à une épatante version de From the Edge of the Deep Green Sea, l’un des rares morceaux des Cure où il y a un vrai solo de guitare.
Il y avait déjà de quoi avoir des frissons. Qui se sont évidemment multipliés au moment des chansons emblématiques comme Play for Today (avec la foule qui chante en chœur, comme chaque fois), l’incontournable et envoûtante A Forest, aussi jouée durant la première heure et accueillie dans un véritable délire.
Un charisme intemporel
Voir The Cure en 2023, c’est bien sûr voir un groupe dont les grandes années sont loin derrière. Or, c’est aussi voir un groupe qui demeure malgré tout au sommet de son charisme. Robert Smith sonne presque toujours comme il y a 30 ans. En adaptant parfois la ligne mélodique qu’il chante, mais presque sans faillir et en étant toujours convaincant.
Il était assez touchant aussi de le voir amorcer Pictures of You seul avec le bassiste Simon Gallup, son plus vieux compagnon de route, dont l’éclipse annoncée à l’été 2021 aura heureusement été brève. Sa dégaine unique sur scène nous aurait vraiment manqué.
Voir The Cure, c’est aussi avoir affaire à un groupe généreux. Pas seulement en durée, mais en qualité de répertoire.
Entendre Plainsong pendant le premier rappel, c’était renversant : inattendu et fabuleusement rendu, avec cette lenteur aqueuse caractéristique de Disintegration, qui reste l’un des plus grands disques de The Cure. Entendre l’épique Disintegration, justement, tout de suite après, c’était tout aussi grandiose et inespéré.
Robert Smith, Simon Gallup, Jason Cooper, Roger O’Donnell, Perry Bamonte et Reeves Gabrels ont quitté la scène une deuxième fois vers 22 h 45, après deux heures de spectacle. Ce n’était pas fini, évidemment. Ils sont revenus devant un Centre Bell survolté pour le coup final, un long rappel au cours duquel ils ont joué d’autres incontournables comme Lullaby, Six Different Ways, The Walk (ça dansait du parterre aux gradins), Friday I’m in Love (le délire encore), Close to Me et Just Like Heaven. Ça s’est terminé comme il se doit, dans l’apothéose, sur Boys Don’t Cry.
The Cure rejoue samedi au Centre Bell. Et on peut être sûr qu’une portion conséquente du répertoire aura changé. Ce qui devrait combler les fans purs et durs qui auront eu l’idée de s’offrir un doublé.
Bouillon de nostalgie avec The Cure au Centre Bell
Par Philippe Renaud, Le Devoir
Un vendredi, retomber en amour avec The Cure : au premier de ses deux concerts consécutifs au Centre Bell, le légendaire groupe alternatif anglais a ravi ses vieux fans qui ont bu jusqu’à la lie une trentaine de chansons déversées pendant plus de deux heures trente. Une averse de succès en ce petit vendredi soir tristounet, pluvieux dehors, chaleureux dans l’aréna, toujours un peu taciturne sur scène puisque quarante-cinq ans (ou presque) après la parution de leur premier album Three Imaginary Boys, Robert Smith et sa bande demeurent les éternels romantiques éplorés qu’ils ont toujours été. Tant mieux.
La chanson titre de ce premier album en carrière a été interprétée en plein milieu du concert – ou plutôt de la partie principale de celui-ci, avant les deux généreux rappels. Three Imaginary Boys a secoué les puces, guitares à l’avenant, Smith hurlant comme il le fait rarement, un cri du coeur survenant après un début de concert doux et mélancolique durant lequel il a glissé Pictures of You et la suave Lovesong tirées du classique Disintegration (1988), ainsi qu’A Night Like This, de The Head on the Door (1985).
Le groupe avait donc lentement lancé la soirée, avec une nouvelle chanson d’ailleurs, un geste assez couillu pour un groupe qui n’a pas proposé d’album depuis quinze ans et aguiche son public depuis le printemps 2019 en lui promettant non pas un, mais deux nouveaux albums. On en entendra d’autres inédites en cours de route, dont A Fragile Thing (vite oubliée) et la ballade farcie de violons synthétique And Nothing is Forever, réussie celle-là parce que ressassant nos souvenirs d’ado au coeur écorché dont l’oeuvre de The Cure paraissait être la bande-son toute désignée.
Deux heures et demie de nostalgie, voilà ce pourquoi les fans ont déboursé des billets à grands frais, ce qui a courroucé Smith au point de dénoncer publiquement la billetterie Ticketmaster. The Cure a, en revanche, tout fait pour donner l’impression que le public en aura pour son argent, servi par des conditions idéales : une sonorisation jamais appuyée, des musiciens diligents, Robert Smith en excellente forme vocale et l’essentiel Simon Gallup ne faisant pas ses 63 ans, faisant courir ses formidables lignes de basse sous les nappes de synthés de Roger O’Donnell.
La scénographie était dépouillée, ce qui avait le mérite de glorifier le répertoire, qui se passe très bien de passerelles tape-à-l’oeil et autres artifices. L’accessoire standard des tournées d’arénas, l’écran DEL géant, servait surtout à projeter l’image des musiciens alignés devant leurs amplis, avec le batteur Jason Cooper trônant sur un plateau au centre. Dans l’ensemble, The Cure n’est pas l’orchestre le plus dynamique à voir jouer, mais Robert Smith se charge de captiver l’auditoire : il y a, dans sa gestuelle posée, dans sa voix toute en retenue, une forme de sincérité qui ne cesse d’émouvoir.
Si les chansons choisies et l’ordre dans lesquelles elles ont été présentées parvenaient à construire une lente et captivante tension, le concert ne s’est pas déroulé sans temps morts. Autant on appréciait redécouvrir quelques chansons rarement entendues sur scène (Three Imaginary Boys, tiens, ou encore Kyoto Song durant la première heure et demie), lancer le premier rappel avec une nouvelle chanson (I Can Never Say Goodbye) et une laissée-pour-compte réchappée sur une compilation (It Can Never Be the Same) n’annonçait pas une fin de concert des plus mémorables ; heureusement, The Cure s’est repris avec Plainsong et Disintegration, puis un second rappel nettement plus savoureux.
Ce dernier a commencé avec Lullaby (de Disintegration, encore !), deux plus anciennes encore (Six Different Ways et The Walk), puis les immortelles Friday I’m in Love et Close to Me. Pour la première fois de la soirée, le public s’est alors mis à danser ; ce concert de The Cure n’appelait pas au défoulement collectif, mais à une forme de bienveillante communion à vivre assis ou debout. Et debout tous au même moment encore pour Just Like Heaven et Boys Don’t Cry avant la tombée du rideau. The Cure remet ça samedi soir – parions que le groupe réservera aux fans le plaisir de réentendre Fascination Street et 10:15 Saturday Night.