Plutôt que de rejoindre les matantes sur les Plaines pour entendre Placido Domingo, je suis allé écouter Mononc. Mononc Serge. Mononc Serge avec Anonymus. Et Dieu que ça a fait du bien!
Ayant convaincu mon vieux pote de me rejoindre assez tôt, avant de voir Mononc Serge et cie, j’ai pu assister à la prestation de Band de Garage, un groupe que j’aime bien, surtout quand il joue plus pesant, comme sur la songée « Sandwich au jambon ». Deux musiciens: un guitariste qui chante et un batteur qui fait les backvocals. Et ils se débrouillent très très bien sans basse! Au départ, ni mon pote, ni son ado de 13 ans qui nous accompagnait n’étaient enthousiastes, mais Mike a finalement approuvé: « ça sonne Kyuss ».

La prestation de Band de Garage terminée, leur frêle équipement fut vite éjecté de la scène et l’imposant attirail d’Anonymus, déballé puis branché, pendant qu’on décorait la scène de… pendus. La foule m’a semblée majoritairement masculine. Peu de casquettes, mais beaucoup de « poils » comme on dit. Cheveux longs ou ras, grand maigres ou petits bedonnants, les poils sont souvent habillés de noir, mais même sans t-shirt diabolique, on les imaginerait bien autour d’une table à jouer à Dungeon & Dragons ou, pour prendre un exemple plus récent, écrasés sur un divan à écouter la version ultra-longue du Seigneur des Anneaux. Bien sûr, il y avait quand même plusieurs demoiselles, dont les barmaids mobiles. Ah! Une caisse de 24 sur la tête d’une jolie fille les bras en l’air… Sur fond de métal… Poetry in motion, comme chantait la chanson. 😛

J’avais déjà entendu Mononc Serge et Anonymus, du temps de leur succès « Patate ». En fait je n’avais pu entendre que trois chansons d’un spectacle auquel j’étais arrivé bien trop tard! J’avais oublié à quel point Mononc Serge était irrévérencieux! De son ton sarcastique habituel, il a discuté du « tournant vert de l’armée canadienne », qui développerait une bombe écologique ne tuant que les humains, de la nécessité de parler anglais de nos jours et même de la présence de grandes vedettes internationales au Festival d’Été de Québec. Ces paroles, à la fois cinglantes et drôles servaient de préambules bien préparés et pertinents à des chansons aux titres évocateurs: « Mourir pour le Canada », « L’âge de bière », « Tout l’monde se crisse de Mononc’ Serge », etc. Quel plaisir d’entendre la foule chanter en coeur qu’elle n’aime pas Sébastien Benoit, et bonheur encore plus grand de fredonner avec elle « Sous marin brun » sur un un air trop connu des Beatles! Et c’est sans compter le chant de fête en guise d’introduction à « Un clown pour grand-papa », aux paroles on ne peut plus prémonitoires, et la pêche au morron, avec une bière en guise d’hameçon…
Ah! Qu’une telle prestation totalement dénuée de rectitude politique m’a fait du bien! C’est cela l’esprit du rock’n’roll, même si on parle bien ici de métal! Juste l’écouter en hochant de la tête défoule. Je n’ai même pas eu besoin de joindre le mosh pit en avant de la scène. De toutes façons, je n’en serais jamais ressorti parce que ça brassait en tabarnak là-dedans et que je suis maintenant bien trop vieux! Moi aussi je suis devenu un mononc… Mais un mononc qui a été heureux de retrouver son coeur d’ado révolté le temps d’une soirée.




