The Sisters of Mercy


11 mars 2006

Andrew Eldritch tel que nous ne l'avons pas vu
Andrew Eldritch tel que nous ne l’avons pas vu

Ça fait maintenant plus d’une semaine que je suis dans le mood de la tournée « Sisters Bite The Silver Bullet », soulignant le 25e anniversaire de ce groupe mythique, qu’on peut certainement qualifier de précurseur du gothique même si son chanteur, Andrew Eldritch, se défend bien d’avoir jamais été un gothique. En tout cas on peut dire sans se tromper que Sisters était un vrai groupe alternatif dans les années 80. Pour le jeune homme de 16 ans que j’étais quand j’ai commencé à les écouter, c’était LE groupe.

C’est un camarade de classe, le grand François Lacasse, qui m’avait fait découvrir l’album « First And Last And Always » en secondaire 5 et j’avais presque immédiatement aimé. En cette année bénie 1985-86, j’avais déjà découvert une foule de groupes alternatifs, le premier étant The Smiths, d’autres étant The Cure, The Jesus And Mary Chain, Love And Rockets… The Sisters of Mercy avait une aura particulière qui rejoignait l’adolescent aux pensées graves que j’étais alors. J’adorais bien sûr sa musique et la voix grave de son chanteur. Mais, j’appréciais également son image de marque, telle que véhiculée par les « 12 pouces » que j’achetais chez Vinyle, le magasin de musique des gens branchés de Québec, sur la rue Saint-Jean. Cette image de marque: une pochette au fond noir avec en son centre carré, un dessin plus ou moins abstrait. Pas de photos des membres du groupe. Pas de vedettariat. Et un superbe logo que j’ai même un jour envisagé de me faire tatouer (en image de fond de ce blogue)!

Pochettes de quelques 12'' de Sisters of Mercy
Pochettes de quelques 12 » de Sisters of Mercy

Au moment où je les découvrais, The Sisters of Mercy débutait un hiatus de deux ans marqué par des problèmes contractuels, la fondation du groupe The Mission par les musiciens de « First And Last And Always » et le projet Sisterhood produit par Eldritch afin de baiser ces mêmes musiciens qui désiraient d’abord utiliser le nom. Pendant ces deux années où The Sisters of Mercy était officiellement mort, mais bien vivant, je suis devenu un vrai accroc du groupe et acheté tous les « 12 pouces » que je pouvais trouver, à seize dollars pièce pour trois ou quatre morceaux. Par la bande, j’ai découvert un autre de mes groupes fétiches, The Stooges. Un jour, ma soeur était arrivée chez nous avec l’album éponyme des Stooges en me disant qu’il s’y trouvait la version originale de « 1969 », que j’adorais telle que chantée par Eldritch en 1983.

En 1987, tel un phoenix renaissant de ses cendres, Sisters revint en force avec l’album « Floodland ». Le groupe devint graduellement de plus en plus populaire. « Temple of Love » en vint à jouer ailleurs que dans les bars alternatifs les plus sombres. On pouvait même voir de temps en temps à la télé un clip de « This Corrosion »! Eldritch s’entoura d’une nouvelle équipe pour sortir l’album « Vision Thing » en 1990. Cette nouvelle mouture du groupe adoptait un son rock beaucoup plus conventionnel et la production de l’album se révélait plus commerciale également, surtout avec l’ajout de choeurs féminins. Les pochettes de disques montraient Eldritch, signe indubitable de la recherche du succès. À ce moment là, Sisters ne me paraissait plus un groupe d’avant-garde. J’écoutais désormais les Pixies et Jane’s Addiction. Nirvana allait bientôt chambouler la planète rock.

Je ne pensais jamais avoir la chance d’assister un jour à un concert de The Sisters of Mercy, comme pour les Pixies et Bauhaus d’ailleurs. Je pensais tout connaître de Sisters, mais dans le premier tiers du spectacle au Métropolis, à ma grande surprise, je ne reconnaissais pas plusieurs morceaux! Après recherches, deux de ces morceaux inconnus étaient de nouvelles pièces, les autres pouvant se trouver sur d’obscurs bootlegs. La chanson « Crash and Burn » en est une nouvelle et sonnait fort bien à mon humble avis!

Mes recherches m’ont permis également de me faire confirmer que la fumée artificielle n’était pas hors de contrôle à Montréal, mais vraiment voulue ainsi, comme pour toutes les villes de la tournée. Chez les hardcore fans, un spectacle de Sisters ne peut s’envisager sans ces nuages de glace sèche, même que plus il y en a, mieux c’est!

Même si je préfère le minimaliste son original des Sisters à celui plus hard rock de « Vision Thing » et de la présente tournée, j’ai bien aimé, justement, qu’on ose de nouveaux arrangements plus pesant. Eldritch a les couilles de présenter des morceaux inconnus, de résister à la pression en faveur d’un « vrai batteur » et de continuer à plonger un public non averti dans le brouillard selon une démarche artistique à contre-courant de l’habituelle formule du spectacle rock. Avoir su, je me serais approché de la scène, mais en définitive, j’ai eu droit à une prestation sans compromis, du vrai Sisters avec Eldritch et le bon vieux Doctor Avalanche.

Un premier spectacle des Sisters of Mercy pour moi, probablement le dernier également, et qui demeurera gravé dans ma mémoire pour toujours…

First and last and always.

The Sisters of Mercy